Nous remarquons le plus souvent les faits divers liés aux violences conjugales, les viols, les harcèlements sexuels ou encore les divers actes de barbarie dont sont victimes les femmes. Nous constatons également depuis un certain temps que ces femmes commencent à briser le silence par rapport à ces violences. Nous sommes attachés, du reste, à ces faits. Nous pensons peut-être aussi qu'il est davantage dans l'air du temps de laisser enfin la parole à ces femmes blessées.

Moi la première, d'ailleurs, en tant que défenseur infatigable de la cause féminine, non féministe, je ne fais essentiellement référence qu'aux atrocités faites aux femmes.

Or, les hommes ?

Certains n'ont-ils pas non plus subi des violences qui leur sont tout autant douloureuses à évoquer ? Et surtout pour les hommes ? Leur image est perçue si différemment de la nôtre, qu'il est peut-être même plus difficile pour eux de se confier sur leur intimité ?

En tout cas, il y a en un qui a décidé de suivre la voie et la voix de ces femmes, qui a osé !

Et c'est cet homme mon grand coup de cœur de cette semaine !

Il s'appelle Adrien Borne, ancien journaliste-présentateur et reporter politique à la radio RTL, puis présentateur et rédacteur en chef adjoint de la matinale à la radio RMC info, il est aujourd'hui journaliste présentant le 10h-13h de la chaîne d'information iTélé, filiale du groupe Canal+

C'est alors qu'il a décidé le 11 avril dernier de rompre le silence sur la terrible violence qu'il a vécu au travers d'un puissant témoignage sur sa page Facebook.

Il y a 20 ans de cela, il a été victime d'actes de pédophilie répétés au cours d'une colonie de vacances, alors qu'il n'était âgé que de 13 ans.

Il commence son témoignage par ces mots :

"Moi, victime d'un pédophile, je voulais vous dire... "

Il poursuit ensuite avec force en racontant avec des mots simples et directs ce qu'il a vécu tant sur le plan physique qu'émotionnel, ces mots si simples, si faciles, qu'ils nous serrent la gorge, le cœur, les tripes... en nous faisant monter les larmes aux yeux malgré nous.

Il exprime son silence pesant, sa douleur, sa peur, sa culpabilité... et la vie qui a suivi son cours malgré tout.

Puis, il continue en employant le "tu", comme nous le ferions dans une conversation entre inconnus qui viendraient de se rencontrer, se sentir ensuite à l'aise et commencer ainsi à se créer une sorte de lien qui ne pourrait s'expliquer juste par des paroles.

Et il termine par ses phrases :

"Te dire que je veux te parler à toi, victime de leurs mains et de leur sentiment de puissance. Te dire que nous ne périrons pas de leur violence. Qu’il ne faut pas avoir peur de hurler, ne pas avoir peur de chuchoter ou de murmurer, ne pas avoir peur de nommer. Non. Pour toi et pour les autres que tu sauveras. Il faut dire. Dire encore. Dire que notre enfance n’est pas un terrain de jeu pour adulte. Dire que nous rendrons les coups.

Voilà je voulais dire tout cela. A l’heure où la parole retrouve un sens. Je voudrais de l’écho, de la résonance, des vibrations. Et te dire à toi qu’il n’est jamais trop tard et que la vie nous appartient."

Sans aucune haine ni volonté de vengeance ressenties ou exprimées envers son bourreau, mais plutôt de l'indifférence, puisque l'indifférence est le plus grand des mépris, comme le dit si justement l'adage, ce témoignage bouleversant nous frappe en plein dans l'âme.

Enfin, il lui a fallu peut-être 20 ans pour se pardonner, sans pour autant accepter, 20 ans pour combattre ses douleurs, sans pour autant qu'elles ne s'effacent, mais quoi qu'il en soit, il vaut mieux tard que jamais et peut-être que son témoignage en appellera beaucoup d'autres afin que les victimes cessent toujours d'être considérées comme telles et que les bourreaux cessent aussi d'être protégés, soignés par la société comme des malades, non comme ils le devraient l'être en réalité, tels des hommes qui ont définitivement perdu le droit d'être appelés des Hommes...