Si l'on ne le savait pas déjà, la religion et la science sont des ennemies presque jurées. En tout cas au Daghestan, dans le Caucase du Nord, (république rattachée à la Russie), la science semblerait être du chinois pour un religieux islamiste russe (le Daghestan étant majoritairement musulman) qui a défendu honteusement l'excision en prétextant de plus que cette pratique n'était pas un danger sanitaire pour la femme.

Le 15 août dernier, l'ONG russe Initiative pour la justice a publié un rapport effrayant faisant état de milliers de filles dans cette région reculée victimes de cette coutume, sachant que l'excision là-bas est pratiquée dans des conditions d'hygiène totalement déplorables. Bien qu'il fût extrêmement compliqué pour l'ONG d'établir un nombre précis de femmes ayant subi ces mutilations génitales, car sujet très tabou, de nombreux témoignages anonymes lui ont toutefois permis d'évaluer la gravité de la situation. Dès l'âge de 3 ans, les fillettes sont excisées sans anesthésie et avec du matériel à peine stérilisé. Inutile de préciser que le but de l'opération de leur retirer par la suite tout plaisir sexuel est atteint au même titre que les souffrances physiques et psychologiques qui s'en suivent. Sans parler non plus des sérieux problèmes de santé qui en découlent.

Malgré que ce rapport sur la situation de ces femmes au Daghestan n'ait produit que peu d'impact sur le plan international, il en a eu un fort en Russie et pas seulement que lui.

Lors de son passage en direct à la radio Govorit Moskva, le mufti, Ismaïl Berdiev, s'est fait la joie de commenter ce rapport. Ses propos lui ont valu sa petite heure de gloire, mais pas celle à laquelle il s'attendait. Il a ainsi expliqué tout d'abord que cette pratique n'était pas condamnée par le Coran. Donc, tout va bien ! Il a ensuite déclaré : "De ce que j’en sais, c’est pour calmer un peu l’ardeur des femmes, seulement pour ça. Et cela ne nuit absolument pas à la santé." Vive le doctorat ès Coran, mais pas ès science ! Il a ensuite poursuivi en affirmant que toutes les femmes devraient subir une excision en appuyant son propos de la sorte : "Cela ne les empêche pas d'avoir des enfants et cela conduirait à moins de débauche." Youpi ! Merci docteur !

Son argumentaire a provoqué une véritable colère sur les réseaux sociaux, notamment sur le Facebook russe, Vkontakt, où de nombreux internautes ont réagi jugeant "ces pratiques et une mentalité d'un autre temps." Une internaute russe a d'ailleurs posté ce commentaire : "Ce n'est pas le rôle d'un moine ayant fait vœu de célibat de décider de ce qu'une femme doit faire de son corps, de comment elle doit donner la vie."

Face à cette vague d'indignation, le mufti s'est rétracté en prétextant qu'il s'agissait d'une blague et que ses dires avaient été détournés par les journalistes. En rappel, il a parlé tout de même en direct. Cependant, histoire d'un remettre une couche, il a insisté sur le fait que "les femmes ne se trouvaient sur cette terre que pour donner naissance et élever des enfants et leur sexualité sortant de ce contexte posait problème."

Cerise sur le gâteau ! Alors que ses propos ont littéralement indigné les femmes russes qui se sont lâchées sur les réseaux sociaux, à juste titre, le mufti a reçu le soutien d'un autre religieux, le prêtre orthodoxe controversé Vsevolod Chapline, qui a lancé un appel au calme. Celui-ci a tout bonnement demandé de respecter les traditions des peuples voisins en déclarant sur Facebook : "Le féminisme est un mensonge du 20è siècle"

Mais, le positif de cette histoire est que cela a permis d'attirer l'attention sur le contenu de ce rapport ; l'un de ses auteurs, Youlia Antonova, a ainsi déclaré: "Le Conseil présidentiel pour les droits de l’homme a montré un intérêt. J’espère vraiment qu’ils nous aideront par la suite à travailler sur des initiatives."

Quant au président du Daghestan, Ramazan Gadjimouradovitch Abdoulatipov, il s'est dit prêt à entamer un dialogue avec les représentants politiques et les dignitaires religieux sur ce sujet.

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