Des prothèses de genou intelligentes_wp

Le dispositif fournit une imagerie dynamique en 3D permettant de voir l'articulation du genou sous tous les angles pendant que le patient marche - photo BONETAG

De par sa société Bonetag qu'il a fondée en 2014, le chirurgien orthopédique français de Cabestany dans les Pyrénées-Orientales, Stéphane Naudi, a créé une puce RFID (Radio Frequency Identification) afin de connecter les prothèses de genou. Cette puce permet au médecin ainsi qu'au patient de savoir si une prothèse de genou est défaillante, soit par la perte d'adhérence à l'os ou causée par une infection, mais aussi si la prothèse doit être remplacée. Sa société a d'ailleurs été plusieurs fois primée en recevant notamment les prix des concours i-Lab et Netva qui récompensent des entreprises de technologies innovantes.

"Avec l’Institut d’Électronique et des Systèmes de l'Université de Montpellier, nous avons mis au point une puce qui se place dans une petite encoche sur la prothèse et qui est "scannable" par un lecteur : une raquette RFID, comme celle qu'utilisent les vétérinaires pour lire la puce électronique d'un animal, ou un smartphone incluant la lecture RFID, une option qui tend à se démocratiser", comme le chirurgien l'a déclaré auprès du magazine Sciences et Avenir.

L'idée du chirurgien est venue du fait qu'il existe aujourd'hui un défaut dans le système de gestion des prothèses.

Près de 100 000 prothèses totales du genou sont implantées chaque année en France à des patients souffrant d'arthrose. Celles-ci disparaissent ensuite avec le patient. Aucun registre ne regroupe les données correspondant à ces prothèses : le modèle, la date de la pose, la durée gardée par le patient, etc.

Et le problème se trouve ici. Si le patient ne peut se souvenir du modèle de sa prothèse, du chirurgien qui lui a posé, il n'y a aucun moyen de retrouver ces critères. De la même façon qu'il est difficile de connaître le moment de changer la prothèse. Ce qu'a expliqué le chirurgien : "Le "ciment chirurgical", qui fixe la prothèse, perd son adhérence à l'os au bout de 15 ans, mais parfois au bout d'une seule année […] Le chirurgien est obligé d'opérer pour savoir s'il est nécessaire de changer le modèle". En outre, le chirurgien peut de même découvrir que la prothèse s'infecte sans que le patient n'ait ressenti quoi que ce soit.

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Imagerie dynamique en 3D - photo BONETAG

D'où l'idée de la conception de cette puce contenant ces informations qui sont par la suite transmises à un logiciel donnant ainsi le modèle de la prothèse, son état d'usure et son infection potentielle. Une imagerie dynamique en 3D est également mise au point afin de visualiser l'articulation du genou sous tous ses angles durant la marche. "La radio ne donne qu'une image fixe de l'articulation, or la voir bouger est un vrai plus pour le médecin afin d'évaluer le bon mouvement de la prothèse", tel que l'a précisé le chirurgien.

Les informations alors récoltées sont stockées dans un registre afin d'assurer le suivi et la traçabilité. Et pour éviter les risques de piratages, le numéro de la prothèse est dissocié du nom du patient.

Cependant pour que ce dispositif soit intégré dans les nouveaux modèles de prothèses de genou, les fabricants français comme internationaux doivent être convaincus de son efficacité. Actuellement, une vingtaine d'industriels se partage le marché mondial et 6 représentent 70 % de la globalité.

Bien que des fabricants français soient intéressés, il reste encore des études à mener sur l'animal, notamment la brebis, et sur l'homme, prévues en 2018, pour valider l'efficacité du dispositif. Et malgré la volonté du chirurgien de rendre disponible cette puce sur le marché dès 2019, la concurrence est déjà là.

Une équipe de chercheurs à Brest a décroché en août de cette année une subvention publique d'environ 8 millions € pour le développement d'un projet similaire devant être commercialisé d'ici 2025.