Depuis deux ans, l'armée américaine accepte de plus en plus de femmes en son corps en leur permettant d'accéder à des postes jusque là réservés aux hommes. Or, bien qu'elle se montre plus ouverte, il semblerait que l'esprit, lui, ne suive pas, puisque le sexisme et les violences ont toujours cours. Le pire est qu'en cas d'agression sexuelle ou de harcèlement, les victimes qui osent le dénoncer se voient remercier et retourner à la vie civile avec un rapport faisant état d'un trouble de la personnalité.

En 2014, déjà, le livre L'ennemi intérieur, texte écrit par la journaliste Alexandra Geneste et prises de vue par le photographe François Pesant, qui retraçait le parcours des victimes qui ont eu leur carrière ainsi que leur vie brisée suite à ce qu'elles avaient subi, avait porté au grand jour cette affaire. Un récent rapport datant de mai 2016 vient renforcer cet ouvrage.

Ce rapport de Human Rights Watch, organisation non gouvernementale internationale ayant pour mission la défense des droits de l'Homme et le respect de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, révèle ainsi la triple peine infligée à celles, mais aussi à ceux, qui parlent et dénoncent ces actes.

Sur une durée de 28 mois, en étroite collaboration avec Protect Our Defenders, association qui défend les victimes d'abus sexuels dans l'armée, Human Rights Watch a rencontré 163 anciennes militaires, de la guerre du Vietnam jusqu'à nos jours, ainsi que leur famille et a découvert les traitements affligeants que recevaient ces femmes après subi un viol.

Dans la plupart des cas, elles se sont vues peu à peu être mises à l'écart de leur poste et de l'armée, par l'intermédiaire d'un bilan psychologique déterminant chez elles un trouble mental, sans preuve avérée et difficile à contredire même par un second avis.

D'autres ont été purement et simplement congédiées, plus spécifiquement "libérées" de leur fonction, en recevant une dispense, "Other than honorable discharge", signifiant "Autre que décharge honorable", renvoi généralement donné aux militaires ayant eu un mauvais comportement ou n'ayant pas servi de manière honorable leur pays.

Deux peines qui leurs sont infligées, méthodes indirectes pour les licencier, mais surtout ayant comme conséquence une troisième peine, la privation de nombreux droits accordés aux militaires, notamment certaines pensions, l'accès au système de santé des vétérans, la possibilité de trouver un autre emploi d'administration ou d'enseignement dans l'armée ou pire encore de trouver un emploi tout court dans le civil, puisqu'il paraît assez évident qu'un militaire sortant de l'armée avec un tel bilan psychologique, en fait le caractérisant fou, ou une dispense pour mauvais comportement, sous-entendant violent, ou mauvais service rendu à la nation, doit se confronter à des réticences de la part d'employeurs civils. Et bien sûr, à leur décès, tout enterrement militaire leur est refusé.

Sara Darehshori, l'auteur de ce rapport a d'ailleurs déclaré : "Les victimes militaires de viol qui ont été congédiées ont cette étiquette à vie. Non seulement elles voient leur carrière militaire s'arrêter, mais on les marque d'un statut qui les empêche de trouver un travail, d'avoir accès à une couverture sociale et de façon générale de continuer à mener une vie normale après l'armée."

Suite à ces injustices, certaines de ces femmes sont tombées dans la dépression, l'alcool, la drogue ou l'addiction aux médicaments, et certaines même se sont suicidées.

Et malgré que Human Rights Watch ait constaté des efforts fournis afin de mieux protéger les militaires dénonçant des abus, puisque le Congrès a rendu la procédure de renvoi pour mauvaise conduire plus difficile, aucune démarche n'a été encore entreprise pour réparer le mal fait aux anciennes militaires ayant été congédiées sous ces motifs.