Old Market Place

L'article que je vous présente aujourd'hui est assez différent de ceux que je vous propose habituellement. Il y a plusieurs raisons...

Vous avez certainement remarqué que je parle très rarement de ma vie ici en Angleterre, à Grimsby. Il n'y a rien non plus qui pourrait enflammer la presse people.

Je spécifie toujours Grimsby en Angleterre, car la ville de Grimsby existe aussi au Canada et ce n'est pas du tout pareil.

Bethlehem Street

La première raison qui m'a poussé à écrire cet article, c'est le décès de mon père qui m'a fait prendre conscience d'un tas de choses, mais aussi une promesse que je lui avais tenue, la première année où je suis arrivée à Grimsby. La seconde raison sont des rencontres que j'ai faites relativement récemment et auxquelles je ne m'attendais pas. L'une d'entre elles m'a suggéré de partager mon expérience, pour tenter d'apporter un certain soutien aux femmes comme moi, mais également afin que vous puissiez peut-être mieux vous rendre compte d'une réalité de vie. Et selon elle, il n'y aurait pas de mal non plus de parler de soi de temps en temps, ce serait parfois même libérateur...

Centre-ville et ses autochtones

Je vais donc faire d'une pierre deux coups en vous expliquant (de manière subjective bien sûr, puisqu'il ne s'agit que de mon propre ressenti) ce qu'est la vie d'expat à Grimsby. Et tout ça accompagné de photos de la ville qui pourraient vous surprendre tout autant que je l'ai été...

Pour commencer, ces rencontres, c'est vous, les expatriées, oui "ées", virtuelles et réelles. Pourquoi "ées" ? Parce que, sans vouloir vous froisser, Messieurs, vous êtes "ils" et nous sommes "elles"

Et la différence est...

Une rue du centre-ville

Vous, ils, travaillez, êtes socialement établis, évoluez dans votre carrière, avez des contacts normaux, sociaux, professionnels, actifs avec des vrais... autres hommes établis, avec des contacts normaux, sociaux, professionnels, actifs... la vie quoi. Nous, elles, avons quitté notre socialement établi, nos contacts normaux, sociaux, professionnels, actifs... et devons nous ré-établir normalement, socialement... pas professionnellement (puisqu'il a disparu), activement... tout en continuant d'assumer votre, notre, quotidien traditionnel, les enfants, pour certaines, l'entretien de la maison, les courses, la gestion de la famille...

Centre-ville et ses habitantes

Par miracle, mais certainement pas l’œuvre d'un divin, quel qu'il soit, j'ai enfin réussi à établir des contacts avec des femmes dans ma situation, virtuelles et réelles. Oui, enfin, au bout de 4 ans !

Tout cela peut vous sembler ressortir tout droit de la cinquième dimension, mais pourtant c'est bien réel. Une délivrance s'est alors faite. Oui, une délivrance, parce que l'on se sent enfin moins seule et parce que, non, on ne perd pas non plus la boule.

Il est difficile de comprendre l'expatriation lorsqu'on ne fait pas l'expérience soi-même. La plupart des gens pensent que cette nouvelle vie, c'est l'éclate ! Un nouveau pays, une autre culture, de nouvelles rencontres, une vie d'aventures, etc. Hé bien, pas toujours...

Dock

Au début, c'est tout beau (presque), tout neuf, on a envie de faire pleins de choses, on se prend pour Kate Winslet, les cheveux au vent, les bras écartés sur la proue du Titanic, on se sent presque invincible, jusqu'au moment où... l'iceberg fait son apparition. Et là, c'est, on s'agrippe au bout de planche qui flotte dans l'eau en espérant que Leonardo Di Caprio ne décidera pas d'aller nager tout seul dans son coin avant de venir nous secourir.

Et les années passent, on se renferme sur soi, parce que l'on s'aperçoit que non seulement la barrière de la langue est plus compliquée à franchir que ça (mon anglais en arrivant était une espèce de gloubi-boulga, il fallait donc que l'Anglais s'accroche pour me comprendre), mais aussi que l'on n'est pas un enfant du pays avant tout.

Freeman Street

Il faut savoir que l'Angleterre n'est pas juste centrée sur Londres. Il y a le tout autour, et là où je vis, c'est bien loin de Londres, puisque que je suis au nord-est de l'Angleterre, plus proche de l’Écosse, mais pas assez pour que la mentalité écossaise beaucoup plus avenante ait envahi mon coin, et surtout dans une région très pauvre. Les gens à Grimsby sont très Anglais, très froids, à l'image de leur ville, la majorité de la jeunesse est sans emploi, une bonne partie des autres aussi. L'alcool à gogo est un rituel. Des bagarres éclatent en pleine rue assez fréquemment ou dans les pubs au beau milieu de l'après-midi. Tous les jours, on entend à Lincs FM, la radio locale la plus connue et écoutée par tous, des meurtres entre les membres d'une même famille, parce qu'ils n'ont pas assez bu, des accidents de voiture à cause, encore et toujours, de l'alcool, des jeunes mères de famille qui n'y arrivent plus et qui enterrent leur bébé vivant ou le jette dans une poubelle, etc. D'ailleurs, les fourgons de police sont carrément dotés de cellules de détention à l'intérieur, des cages blanches avec une petite fenêtre grillagée, côte à côte et isolées les unes des autres, et un gros cadenas en guise de serrure que même Houdini n'aurait su s'en libérer. À voir ces cages, on penserait plutôt qu'elles serviraient à un fourgon blindé avec l'argent des banques à protéger qu'à des gens ivres afin de protéger la population d'eux.

Freshney Place

Les Anglais de Grimsby tolèrent les étrangers, mais davantage dans leur pays que chez eux. Quand ils parlent des étrangers, littéralement, ils disent tous qu'ils les aiment tous, sauf les Écossais parce qu'ils roulent les "r" lorsqu'ils parlent et ne les comprennent pas, les Gallois, parce qu'ils sont des bouseux pour eux, les Irlandais, parce que le sévère passif historique entre eux n'a jamais été pardonné (les Anglais sont rancuniers et ne supportent surtout pas que l'on remette en cause le pouvoir de la Reine), les Allemands, parce qu'ils sont restés encore en tant de guerre, les latins, en général, parce qu'ils parlent avec leurs mains et s'embrassent trop souvent (les Anglais ne se serrent presque jamais la main, ni ne s'embrassent, car les contacts physiques ne font d'une pas partie de leur culture et de deux c'est un grand manque de savoir-vivre, en revanche roter et péter à table, en public dans la rue ou n'importe où, pas de problème) et surtout... les Français !

Neighbourhood Centre

Ah ! Nous ! Ces maudits Français !

Les Anglais adorent la France, mais pas les Français ! Vous me direz, ce n'est pas un scoop ! Depuis l'aube des temps, nos deux pays ont toujours été rivaux. Et bien que l'on soit au 21è siècle, rien n'a changé. Ils nous trouvent toujours râleurs, de mauvaise foi, insatisfaits, etc. Quant à leur flegme si réputé à travers le monde, parlons-en ! Ils ne sont pas flegmes, en réalité, ils ne sont pas francs. Ils disent toujours oui à tout, promettent qu'ils feront les choses, mais on ne voit jamais rien venir. Ils sont lents, inefficaces dans le travail. Ils sont superficiels, tout ce qui brille est d'or. Ils ne sont pas très propres, tout ce qui est à la vue doit paraître impeccable, mais il ne faut surtout pas regarder dans les détails. Un exemple. Ils vont vous prendre la tête pour une brindille d'herbe qui dépasse du gazon du jardin du devant de la maison, donc ce qui est à la vue de tous, par contre si le jardin derrière la maison, donc caché, ressemble à une déchetterie, ce n'est pas grave. Et une chose qu'ils détestent par-dessus tout. La critique. On ne doit jamais leur dire que ce n'est pas bien, ils ne supportent pas la critique.

Road

Cela étant, il y a tout de même des points positifs. Bah oui, quand même...

Tous les commerces, grandes surfaces y compris, sont ouverts presque 24 h/24 et 7 jours/7. Le dimanche dans la rue est comme un jour de semaine. Les courses faites sur Internet sont à collecter en magasin ou livrées à domicile, et cela même le dimanche. Les Anglais aiment aussi énormément sortir, ils sortent d'ailleurs quasiment tous les soirs. Du lundi au dimanche inclus, les restaurants, les cafés, les pubs, tous les lieux de vie en général sont remplis de monde. Ils aiment également beaucoup les fêtes. Halloween arrive bientôt et les commerces sont achalandés en toutes sortes de produits pour cette fête. Les enfants costumés viennent le soir de Halloween frapper aux portes des maisons pour des bonbons. Demain, d'ailleurs, je vais aller déjà au magasin faire le plein avant qu'il n'y en ait plus, car dès la mi-octobre, c'est la razzia dans les rayons entièrement consacrés à cette fête. Il y aussi des jours fériés dans l'année que nous n'avons pas en France, les "Bank Holidays", comme ils les appellent. Ce sont des jours qui tombent souvent les vendredis ou les lundis. Ne me demandez pas à quoi ça correspond, je n'en sais rien comme les Anglais non plus d'ailleurs.

Une autre rue du centre-ville

Voilà, en gros, ma vie d'expat à Grimsby. Et vous pouvez aussi constater à quoi ressemble la ville à travers ces photos. Ce n'est pas l'enfer, me direz-vous, il y a pire, mais ce n'est pas non plus le paradis. Le manque de communication demeure en fait le souci majeur, les Anglais restent entre eux, et nous, les étrangers, sommes un peu mis à l'écart. Mais, mes nouvelles rencontres vont pouvoir me permettre d'améliorer ma situation pour la dernière année qu'il me reste encore à vivre ici, surtout discuter avec des gens et enfin parfaire mon Anglais. On n'a beau dire, c'est tout de même la langue internationale et savoir parler un bon anglais est un atout pour l'avenir. Même si j'ai bien dépassé les quarante ans, je ne suis pas non plus proche de la retraite ni encore bonne pour l'hospice. Enfin, dans peu de temps, je vais découvrir le club international des femmes expatriées et ça, c'est vraiment cool !

Victoria Street

Pour conclure, cette dernière photo de Grimsby ci-dessus.