Un sondage effectué par Ipsos pour l'Association Mémoire traumatique et victimologie nous révèle de façon stupéfiante les clichés sur la "culture du viol"

Le 2 mars, à la demande donc de l'association, le sondage réalisé via une enquête menée en ligne auprès de 1000 jeunes de 18 à 24 ans a montré avec tristesse que non seulement le viol reste une notion vague mais aussi que la culpabilité n'est pas toujours donnée au violeur.

Ainsi, pour 40% des sondés, le violeur n'est pas entièrement coupable si la victime a eu une attitude "provocante" en public ; boîte de nuit, bar, etc. Pareillement pour 27%, si la victime portait une tenue sexy en allant même évoquer de ce fait une incitation au viol. Pour à peu près les 2/3 d'entre eux, le fameux cliché des "pulsions sexuelles" difficiles à contrôler par les hommes est toujours d'actualité en rendant alors le viol moins odieux.

Le pire, 76% considèrent que "les femmes ont plus tendance à considérer comme violents des événements que les hommes ne perçoivent pas comme tels". Et pour 42%, les femmes sont moins rationnelles et moins certaines de ce qu'elles veulent que les hommes en exprimant la célèbre phrase "Mais si, tu en as envie, c'est moi qui te le dis !"

Au vu de ces réponses, les auteurs de l'enquête s’inquiètent : "Cette croyance peut avoir des effets dévastateurs […] Donner du crédit à ce type d’assertion revient à considérer que les femmes sont incapables de décider pour elles-mêmes et ont besoin des hommes pour comprendre quels sont leurs vrais désirs. C’est leur dénier la faculté de décider de consentir ou non à un rapport sexuel."

Quant à l'idée reçue du "non" qui voudrait dire "oui" dans l'esprit féminin, une partie des hommes comme des femmes, dont 2 femmes sur 10, sont d'accord avec cela. Or, le plus effrayant, 22% de femmes contre 20% d'hommes pensent que lors d'une relation sexuelle les femmes pourraient éprouver du plaisir à la contrainte.

En outre, pour environ 2 sondés sur 10, le refus d'une relation sexuelle ne peut être que temporaire. Si la victime cède à son agresseur en se défendant oralement et physiquement, il n'y a pas viol. Et 41% des sondés ont la conviction qu'il suffise de réellement de se débattre et crier pour faire fuir le violeur.

Autres aspects terrifiants que révèle ce sondage.

Une profonde méconnaissance de la loi, sachant que le Code Pénal définit le viol : "tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise." Puisque pour 24% des sondés, une fellation forcée comme une pénétration avec un doigt n'entrent pas dans le concept de viol.

Une parfaite ignorance sur le profil du violeur, sachant que dans 90% des cas, le violeur est connu de sa victime ; il fait partie de son entourage proche. Parce que 44% des sondés pensent que celui-ci est un inconnu. Pour plus de la moitié d'entre eux, le risque de viol est plus important dans un lieu public, rue, parking, etc. Seulement 24% prennent en compte le cercle familial et 6%, le partenaire ou conjoint. Enfin, 19% pensent que la victime à sa part de responsabilité dans son viol si elle a eu précédemment des relations sexuelles avec son violeur, dont la culpabilité de ce dernier en est ainsi atténuée.

Bien que 96% des Français soient conscients de la difficulté à porter plainte après un viol et que 95% soient convaincus des graves conséquences des violences sexuelles sur la santé des victimes, ce sondage démontre un tout autre constat, comme l'ont déclaré les auteurs : "Nous vivons dans une société où la méconnaissance de la réalité des violences sexuelles, de leur fréquence et de la gravité de leur impact traumatique conduit à les reléguer dans la catégorie "faits divers" alors qu’elles représentent un problème majeur de santé publique, et participe à la non reconnaissance des victimes et à leur abandon sans protection, ni soin."

Mais, pour nous consoler, nous avons notre journée internationale...