Née le 18 juillet 1978 à Rome, avocate et femme politique italienne, Virginia Raggi, membre du Mouvement 5 étoiles, a été élue ce dimanche 19 juin, avec 67 % des suffrages, maire de Rome, ville qui compte 3 millions d'habitants et 12 fois plus grande que Paris. Elle devient la première femme et la plus jeune en Italie à occuper ce poste.

Le Mouvement 5 étoile, Movimento 5 stelle ou Cinque Stelle, a été fondé en octobre 2009 à Gênes. Se qualifiant d' "association libre des citoyens", il milite pour une démocratie directe, en opposition aux formes de démocraties représentatives, et se défend d'être une organisation ni de droite ni de gauche ni d'être un parti politique. Il représente les enjeux dans les domaines de l'eau, de l'environnement, des transports, du développement et de l'énergie. Lors des élections générales de 2013, il recueille plus de 23,5 % des voix au Sénat, presque l'équivalent de la coalition du Parti démocrate, et plus de 25,5 % à la Chambre des députés, frôlant le score du même Parti. En 2016, aux élections municipales, il remporte les villes de Rome et de Turin.

Et aujourd'hui, c'est le tour de Virginia Raggi de remporter la mairie de Rome. Il lui faudra bien du courage pour mettre en place son programme, mais surtout une bonne protection dans une capitale qui croule sous les affaires mafieuses.

Mettre un terme à la "Mafia Capitale"

Premier grand défi qu'elle a lancé. Décembre 2014, Rome a été déchirée par la révélation d'un scandale de pots-de-vin et de marchés truqués associant autant d'élus de droite que de gauche avec des entrepreneurs et mafieux locaux. Le procès des 42 premiers prévenus qui se déroule en ce moment dans un tribunal sous haute sécurité de la prison de Redibbia donnera le ton lorsque son verdict sera rendu sur une volonté de changement ou pas.

Restructurer la dette

Tous ses prédécesseurs au Capitole, siège de la mairie de Rome ont accumulé les dépenses en laissant une dette qui atteint les 13,5 milliards d'Euros. Elle souhaiterait la réorganiser, mais Virginia Raggi dépend majoritairement de la caisse des dépôts, contrôlée par l’État. Et chaque année, le maire doit négocier avec le Ministère de l'économie pour clôturer son budget. Sachant que le Mouvement 5 étoiles est l'ennemi juré du gouvernement de Matteo Renzi, la tâche risque d'être ardue.

"Responsabiliser" l'administration

Avec ses 60 000 fonctionnaires municipaux que totalise Rome œuvrant dans les diverses entreprises de la municipalité et ne répondant pas toujours aux attentes du service public, les moyens de transports "sont chaotiques", voire "antédiluviens", pour certains Italiens. Sans compter les nombreux syndicats, dont parmi les 11 syndicats de chauffeurs de bus existants, certains font appel régulièrement à la grève la veille de week-end ou les jours de matchs de l'équipe nationale, Virginia Raggi a conscience qu'il faudra composer avec eux, puisqu'elle a déclaré que "ses prédécesseurs n’avaient pas su leur parler et les responsabiliser."

Rendre la ville propre

Rome semble présenter un sérieux problème de voirie, dont 40 % serait à refaire. Quant au ramassage des poubelles, ce serait une catastrophe avec des amoncellements d'ordures qui inondent certains coins de rues et avec l'un des taux de tri sélectif les plus bas du pays. En février dernier, au cours de la première visite de campagne de Virginia Raggi, qui a eu lieu au siège de l'Association de la presse étrangère à Rome, les médias internationaux en ont fait d'ailleurs référence dans plusieurs reportages, montrant ainsi l'état de délabrement de la "ville éternelle", et ce n'est que très récemment que la région a pu fermer le plus grand dépôt de déchets d'Europe situé aux approches de Rome. Là aussi, elle devra peut-être se livrer à un bras de fer afin de rendre la ville propre.

Les Jeux Olympiques

À l'exemple de Paris, Rome a posé sa candidature pour l'organisation des Jeux Olympiques de 2024. Virginia Raggi n'a jamais caché son opposition aux chantiers titanesques prévus par L’État dont la facture s'élève à 5 milliards d'euros. Elle a ainsi exprimé aux défenseurs de ce projet, politiciens, entrepreneurs, représentants de l'univers sportif : "Il a d'autres priorités. Rome a besoin de normalité." Cependant, bien qu'elle désire mettre en place un référendum consultatif sur le sujet, elle a prévu de nommer assistant aux sports Andrea Lo Cicero, ancien rugbyman de l'équipe nationale, lequel a participé du reste à la campagne publicitaire pour les J.O. à Rome.

Affaire à suivre...